On berce l'enfant d'illusion, on lui montre que le bien triomphe toujours sur le mal. C'est peut-être notre manière de le protéger. Parce qu'il était dans le ventre de sa mère, il ne souffrait de rien; il n'avait pas de besoin puisqu'il obtenait satisfaction avant d'avoir quelque chose à satisfaire. A son entrée dans le monde, dès la naissance, l'enfant doit apprendre, doit se faire à l'idée, d'un décalage entre ses désirs et leurs assouvissements. C'est là une première marque de souffrance. Peut-être que les adultes le savent au plus profond d'eux même et se sentent comme responsable d'avoir donné la vie. Ils sont heureux d'avoir un enfant mais cet événement ne serait-il pas un acte d'égoïsme? Ils ont contenté leur désir sans se soucier de la souffrance que peut engendrer la naissance pour l'enfant. C'est alors, peut-être, qu'ils lui bourrent gentiment le crâne de jolies histoires: le père noël, le prince charmant, la petite souris, les contes de Perrault, d'Andersen...
Toutes ces histoires auxquelles j'ai été confrontée, je m'en suis, comme tant d'autres, détachée en grandissant. J'ai perdu ma naïveté et cela me permet - m'a permis - de me construire une carapace, la carapace d'une adulte.
J'apprends au jour le jour les réalités du monde et parfois, la petite fille que j'étais, et qui sommeille encore en moi, se révolte. J'aimerai croire, encore, au contes de fées mais les Hommes qui façonnent notre société n'y croient plus eux et on ne peut alors que s'y soumettre et vivre avec les règles de tous. Ils ont peut-être raison après tout...